vendredi 7 juillet 2017

CM1 - année scolaire 2016 2017



Ma septième année d'enseignement se termine, et, oh, je crois qu'on peut dire qu'elle a été difficile. Il aura fallu mobiliser toutes mes ressources pour faire face à des enfants en colère, bagarreurs, grossiers, bavards ou insolents. "Distancier" aura été mon leitmotiv. Ne pas mettre d'affect dans ma relation avec mes élèves est ce qui m'a sauvée. Je savais que mes élèves ne m'en voulaient pas personnellement, qu'ils étaient "simplement" en colère, bagarreurs, grossiers, bavards ou insolents et qu'il fallait que je fasse avec, que j'organise mon travail de façon à pouvoir faire classe au mieux. Alors bien sûr, j'ai perdu mon calme, j'ai crié, j'ai puni...Cent fois, j'ai culpabilisé de m'occuper plus de Terrible n°1 et Terrible n°2 que des autres. Cent fois, j'ai demandé à Terrible n°1 pourquoi il avait tapé Terrible n°2 et à Terrible n°2 pourquoi il avait insulté Terrible n°1 (une sombre histoire de doigt d'honneur mais Terrible n°3, qui a assisté à la bagarre et qui tient absolument à le faire savoir, ne sait plus très bien qui a commencé). Un jour, Terrible n°1 et Terrible n°2, qui réussissent tous les deux l'exploit d'être en colère, bagarreurs, grossiers, bavards ET insolents, sont revenus de récréation en pleurant, l'un avec un oeil au beurre noir et l'autre avec le tee-shirt déchiré. Ce jour-là, j'ai pleuré un p'tit peu, moi aussi, intérieurement. Je leur ai demandé ce que je pouvais faire pour les aider à ne plus se bagarrer, ils ont haussé les épaules en reniflant. J'ai haussé les épaules en soupirant. Ca va être compliqué comme ça jusqu'au dernier jour, vous croyez, les garçons? Ce jour-là, on s'est regardés, tous les trois, dans le couloir, devant la classe, résignés. On a compris tous les trois qu'ils allaient rester en colère, bagarreurs, grossiers, bavards ET insolents. On a compris qu'il n'y aurait pas de répit, que j'allais devoir continuer à proposer des solutions, expliquer et gronder. On a compris aussi qu'ils ne m'en voudraient pas de les punir, et que je ne leur en voulais pas d'être en colère, bagarreurs, grossiers, bavards et insolents, parce que c'est mon rôle de maitresse. Je ne leur en veux pas, mais quand même, j'ai annulé la piscine, j'ai bien trop peur qu'ils se noient mutuellement, ces affreux. Alors, bon, même si on n'est pas allés à la pistoche, avec Terrible n°1, Terrible n°2, Terrible n°3, Terrible n°4, Terrible n°5, Pénible n°1, Pénible n°2, Pénible n°3, Pénible n°4, Pénible n°5, Pénible n°6, Pénible7, Pénible n°8, Sympa n°1, Sympa n°2, Sympa n°3, Sympa n°4, Sympa n°5, Sympa n°6, Sympa n°7, Sympa n°8 et Sympa n°9, on a fait des trucs chouettes, cette année, quand même. On a fêté des anniversaires, on a fait de la peinture, on a appris à calculer des divisions et à simplifier des fractions. On a cherché mes deux mots préférés dans le dictionnaire, on a fait des listes de petits bonheurs, on a beaucoup dansé. Ils ont commenté toutes mes tenues et ils ont remarqué que j'avais de jolies chaussures. On a beaucoup ri, quand je dessinais au tableau, par exemple. Mais le jour où on a le plus ri, c'est quand j'ai crié, excédée, d'arrêter de se balancer sur les chaises, bon sang de zut de zut, est-ce vous me voyez, moi, faire ça? et que, pour leur montrer que c'était vraiment vilain, je me suis assise à mon bureau et j'ai balancé ma chaise en arrière...et que je me suis retrouvée les quatre fers en l'air. On a passé de bons moments, tous les mercredis matins, on allait à l'école maternelle lire des histoires et danser avec les petits. Je leur ai prêté mon appareil photo et ils ont pris tout un tas de photos floues. Un jour, Terrible n°3 nous a apporté des sablés, qu'il avait faits tout seul, à la maison, comme ça, parce qu'il sait que je suis gourmande. Sympa n°1 a cueilli des cerises dans son jardin et on les a mangées pendant la séance de sciences. On a fabriqué un grand baobab en carton et un masque de lion, pour le spectacle de fin d'année qu'on a fait avec la classe d'à coté. La maitresse de la classe d'à côté, c'est ma copine, elle a accepté de travailler avec moi et mes affreux et de temps en temps, quand elle sent que je fatigue, elle prend Terrible n°2 dans sa classe. Un jour, on a mis nos 48 élèves et 4 parents dans un bus, et on a passé la journée à Bordeaux. Le matin, ils ont dansé sur une vraie scène, au Rocher de Palmer, la classe. Et l'après-midi, ils ont dansé sur le Miroir d'eau, le kiff. Quand ça a fait de la brume, comme on est des maitresses sympas, on les a laissés faire n'importe quoi s'amuser. Bizarrement, le trajet du retour a été plutôt calme. Et les parents, en nous quittant, nous ont donné une médaille. Ca m'a fait du bien, parce que j'ai croisé des parents pas très sympa, cette année, du genre à me faire rentrer chez moi avec les mains qui tremblent et la vocation dans les chaussettes. Ce qui m'a fait du bien, aussi, c'est quand l'inspecteur a écrit dans son rapport que je faisais du bon boulot. Je m'en doutais, mais j'avais besoin de le lire. Il a été sympa, l'inspecteur, quand il a dit à Terrible n°1 et Terrible n°3 que ce serait bien qu'ils se calment un peu et qu'il a fait semblant de ne pas entendre quand Pénible n°1 a crié Maitresse, Terrible n°1 il a dit que le Monsieur c'était un gros con! 
Ce qui m'a fait du bien, surtout, c'est d'avoir des super collègues sur qui j'ai pu m'appuyer. Parce que même quand on n'est plus une débutante et qu'on sait faire la part des choses, quand on a des élèves en colère, bagarreurs, grossiers, bavards ET insolents, c'est pas facile tous les jours. 

Aujourd'hui, c'est le dernier jour de l'année scolaire 2016-2017. Ce soir, je ne serai plus la maitresse de Terrible n°1, Terrible n°2, Terrible n°3, Terrible n°4, Terrible n°5, Pénible n°1, Pénible n°2, Pénible n°3, Pénible n°4, Pénible n°5, Pénible n°6, Pénible7, Pénible n°8, Sympa n°1, Sympa n°2, Sympa n°3, Sympa n°4, Sympa n°5, Sympa n°6, Sympa n°7, Sympa n°8 et Sympa n°9. J'espère qu'aujourd'hui, Terrible n°1 et Terrible n°2 vont faire une trêve et que même s'ils sont toujours en colère, bagarreurs, grossiers, bavards ET insolents, ils ne se battront pas, pour une fois. 

Ce soir, je suis en vacances, dimanche je prends l'avion pour l'Ouzbékistan. Je vous laisse pour deux mois, amusez-vous bien et prenez soin de vous, on se retrouve en septembre.

S.