vendredi 15 décembre 2017

Elles


 
Je les ai rencontrées au lycée, à la fac ou au boulot. Y en a même une qui me suit depuis le 2 septembre 1998. Elles sont bienveillantes, évidemment, sinon elles n'auraient pas une place si importante dans ma vie. Certaines se connaissent, toutes ont entendu parler des autres, et demandent de leurs nouvelles, sans les avoir jamais vues. Il y a entre nous ce lien toujours plus fort, des sourires et des silences qui en disent long. Des promesses, des secrets, le droit de pleurer sur notre épaule. Il peut y avoir de la distance, des kilomètres ou des semaines. Des maris, et même des bébés. Il y a même parfois des choix qu'on désapprouve mais qu'on encourage, des projets qu'on monte ensemble et des mauvais coups qu'on imagine. Elles m'écoutent parler de Renaud et de Guillaume, de Tel Aviv et du jeune homme que j'y ai rencontré, et elles m'ont interdit d'y penser, il est trop loin tu sais ma belle. Elles savent ce qui s'est passé dans la rivière ouzbèke, je sais ce qu'on fera l'été prochain. On parle mariage, expérience mystique, anecdotes d'auberges de jeunesse, déménagement et plan de carrière. Elle me suit dans la salle de bains, elle me propose un pétard quand je panique. On a le droit d'avoir peur, d'être en colère et d'être en manque. On rit, on s'accompagne à l'aéroport, je leur gribouille des cartes postales qu'elles affichent sur leur frigo. Elles se confient à moi et j'en suis honorée. On s'envoie des "bisous, mais rêve pas, je mettrai pas la langue" et des "ah c'est malin, tu m'as fait pleurer". Il y a de la pudeur et des clins d'oeil, des amants racontés à demi-mot et des injonctions à aller chez le médecin. On s'observe vieillir, on se rassure comme on peut sur la quantité de nos cheveux blancs, on se fait des restos gastro, des McDo ou des pique-niques, elle enlève aussi le haut de son maillot parce que j'ose pas le faire toute seule. On fait les magasins ensemble, on se prête des bouquins qui vont nous plaire. On parle de cette admiration mutuelle qu'on veut avoir avec un amoureux, on se soutient dans les moments difficiles. On alterne, j'irai mal quand tu iras mieux. On prend soin les unes des autres, parce qu'on n'arrive pas toujours à prendre soin de nous, on demande comment vont les parents, et ta soeur? Elles restent dormir à la maison quand on a bavardé trop tard, elles m'envoient un texto pour me dire qu'elles sont bien rentrées, mais c'est parce que j'ai insisté. On s'aime très fort, on a dû se le dire une fois ou deux, et puis y a plus eu besoin.

S.    

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