mardi 21 novembre 2017

Le tsunami


est-ce que j'arriverai à me repérer, à me déplacer? - avec mon anglais tout pourri, je ne vais jamais réussir à comprendre les gens - dire qu'il y a encore quelques semaines, je n'aurais jamais osé faire ça - hiiii, Tel Aviv, depuis le temps que j'ai envie de te voir ! - on y est, allez, go go go - ok, bon, pour le moment, ça va, mon sens de l'orientation semble correct - waou, c'est vraiment beau - les gens sont sympathiques - hey, dis, ça fait une petite heure que je discute avec lui, je comprends ce qu'il dit, il comprend ce que je dis, je m'en sors plutôt bien, en fait - merde, je suis perdue, et ce putain de sac à dos est de plus en plus lourd - si seulement je n'étais pas toute seule - sens de l'orientation, tu parles - ah, si, en fait c'est bon ! - mon accent frenchy fait gentiment sourire - ils sont beaux, les hommes, ici - ça aurait été chouette de partager ça avec les copains quand même - c'est donc ça, le mur des Lamentations - la ferveur des croyants est palpable, c'est dingue, j'en ai la gorge serrée - oh, vite, un mouchoir - une soirée sur le rooftop, à discuter avec des brésiliens et un autrichien? oh oui, oui, avec plaisir - fière - les questions matérielles se résolvent toutes seules, c'est le voyage le plus facile qui soit - les meilleurs falafels d'Israël - allez, encore trois nuits et c'est fini, tu vas tenir - c'est drôle, ils ont tous le portable greffé à l'oreille, même ceux qui portent le grand chapeau et les papillotes - c'est beau, c'est beau, oh la la! - si tu es partie seule, c'est parce que y'a personne qui t'aime assez pour t'accompagner - même pas vrai, d'abord, y'a plein de gens qui m'aiment, et je n'ai proposé à personne de m'accompagner, parce que je voulais venir seule - ah ouais? tu parles, tu n'as proposé à personne parce que tu savais que personne ne voudrait venir avec toi - c'est officiel, je kiffe Tel Aviv, c'est effervescent et calme en même temps - ce quartier est décidément très sympa - mmm je me sens bien ici - et ces bougainvillées! - oh, une maison à vendre, voyons ça - schnitzel and lemonade in the city - je me sens à la fois invincible et vulnérable, comme ancrée dans le sol et très loin dans le ciel - ce coucher de soleil est vraiment, oh, vite, un mouchoir - shalom - comment j'ai trop géré la valise - hé hé, on est en novembre et je bronze au bord de l'eau, trop bonne en plus - où est l'école française? avec un peu de chance, un poste se libère et je m'installe ici en septembre prochain - je me sens tellement bien dans cette ville, c'est magique, ou alors j'ai vécu ici dans une autre vie, je ne vois que cette explication - je serai toute seule toute ma vie - rho mais arrête - a party tonight? yes, why not ! - no, no, I'm not afraid of the scooter, no prob' - faut toujours que je grimpe sur une moto en voyage, moi - Tel Aviv by night - même pas peur - déjà le dernier jour? je serais bien restée plus longtemps en fait, je n'aurais pas vu Shabbat, dommage, mais ce voyage était déjà bien cher - eh merde, une crise d'angoisse, allez, shhhh, ça va passer, y a rien de grave, shhh, respire - bon ok, pleure un bon coup - c'est ça qu'on appelle un voyage initiatique, je crois - la mer, la mer, et ça va mieux - see ya, Tel Aviv 

Je le savais. A vrai dire, j'y allais pour ça. Voir Tel Aviv, qui m'attire inexplicablement depuis des années, et me confronter à mes vieux démons. Me prendre un bon tsunami d'émotions.

S.

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