vendredi 18 novembre 2022

Life lately




Moi j'aime bien quand les copains m'appellent pour me dire, hey demain, tu nous accompagnes voir une expo? hey, on va à la plage, on passe te prendre dans 20 minutes? hey, je peux venir manger des crêpes?

Oui, oui, oui.

On a ainsi mis les pieds dans l'eau le 11 novembre, filé des miettes à un moineau intrépide, cligné des yeux dans la lumière dorée. On a pris une averse dans la file d'attente de l'expo, les gens qui attendaient derrière nous nous ont prêté leur parapluie. Dans les bouchons sur le chemin du retour, avec deux bambins blonds endormis et un livre qui chante à l'arrière de la voiture, j'ai réalisé que dans quelques mois ça fera 10 ans qu'on se connait. 

Dans le frigo il y a des bocaux de soupe bien veloutée. Une bouteille de jus d'oranges fraichement pressées pour affronter les matins. Le reste de la fournée de crêpes. Un bouquet de roses orange sur la table basse du salon, mon pyjama sur le radiateur sèche-serviettes, moi qui rouscagne parce qu'il faut remettre des chaussettes et que je ne me sens pas confortable dans mes vêtements. On essaie le costume du gala de danse, j'apprends dans la même journée une naissance et un décès - la vie. Je fais le pitre devant la photocopieuse, je planifie des rendez-vous, je me love sur le canapé, j'enroule mes bras autour de son cou, j'ai la dalle puis plus du tout. Je surveille mon téléphone, j'essaie de dompter ce qui bat fort à l'intérieur de mon corps. Mais, où que je regarde dans le monde, je... 

Ce soir-là, il a cette phrase qui résonne, à propos du droit à être heureux. Et puis, et puis, il est question de courage que l'on prend à deux mains, d'émotions de toutes les couleurs, d'un "désolé" qui n'est pas le "essayons" que j'espérais, de mon cœur que je pose sur la table puis que je remballe vite fait d'un air bravache, celui que l'on prend pour dire que ça passera. Et puis, et puis, je le répète à qui veut m'entendre, en me disant que je finirai par l'entendre moi aussi, ça va le faire. C'est le papa des deux bambins blonds qui m'a dit ça il y a des années, et puis cette expression je l'ai faite mienne.

Ca va le faire. En attendant, je leur dis que je suis triste. En attendant, je pose des mots sur des cahiers, sur des écrans, à la va vite et de travers. Je relis les mots que d'autres ont posé pour moi. Je me plonge dans des romans à l'eau de rose, dans lesquels il y a plus d'essayons que de désolé. Je m'entraine à parler sans que ma voix ne tremble.

 En attendant, je regarde avec fierté tout le courage que mes deux mains tiennent encore. Ca va le faire. 

S.





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