Les semaines passent trop vite mais chaque journée est éprouvante. Equipée d'amortisseurs flambants neufs, ma voiture grince et couine toujours autant. Je tousse comme une tuberculeuse, je bois du thé pour adoucir ma gorge, je cours partout parce que 29 élèves c'est beaucoup, j'ai envie de faire pipi toute la journée because le thé et pas assez de temps pour moi. Avec mes collègues*, on a fini les smarties et les M&M's, il va falloir renouveler le stock. Une formation juste avant les vacances de Noël, merci bien, le timing ne pouvait être mieux choisi. Un jour je dis à l'inspecteur y en a marre, marre, marre. Et puis je me réveille, parce qu'en fait, en ce moment, je rêve de l'école toutes les nuits. Je note sur ma to-do list "arroser les plantes", "lessive" et "médiathèque". Un soir je parcours sept magasins au pas de course pour trouver des collants pailletés. J'aime quand mon médecin me demande comment ça va au boulot quand je ne vais le voir que pour un rhume, j'aime comme il a l'air content pour moi quand je lui réponds c'est dur mais je gère. Je n'aime pas les formations de directeurs où il n'y a que des gens qui ont tout vu, qui savent tout, qui font tout bien, eux. Ils n'ont pas 29 élèves à gérer 3 jours sur 4 en plus de la direction, eux. J'aime les levers de soleil de décembre dont on se partage les images avec ma famille. Je cours à la poste à l'ouverture et à la médiathèque juste avant la fermeture, à Emmaus avant d'aller en formation parce que je n'ai plus rien à me mettre. Je me dis pfiou, quelle semaine! dès le mardi soir. Dans ma voiture, devant la salle des fêtes où a lieu le marché de Noël de l'école, coiffée de mon serre-tête bois de renne à grelots, je bois au goulot deux gorgées de sirop pour la toux. J'en repars trois heures plus tard, en me disant comme à chaque fois que ce boulot de dingo est quand même vachement plus facile à vivre dans cette école-là, avec ces collègues-là.
*oui, oh, ça va, elles en ont mangé quelques uns
SM.


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