Et toi, ça va? elle a demandé. On parlait d'amour, évidemment, c'est notre sujet favori, je crois. On parlait gros bras qui serrent fort et petits tracas résolus à deux. On parlait envie, besoin, solitude. Elle brandissait le droit de vouloir avoir un homme sous sa couette, je rétorquais mais pas à tout prix, pas n'importe qui. Elle a insisté un peu, parce que je ne répondais pas tout de suite. En filigrane, dans sa question, j'entendais alors ? du nouveau? je voyais mon château de cartes éparpillé depuis des mois, et que je n'arrive pas à reconstruire, mon coeur qui ne s'est jamais bien raccroché et qui se casse la gueule régulièrement, son sourire que je croise parfois et auquel j'ai tant de mal à répondre. J'ai pensé au jour où le chat des voisins, sans doute interrompu dans son repas, avait laissé deux moitiés d'oiseau et assez de plumes pour remplir un oreiller dans le jardin, et que j'avais courageusement mis la pauvre bête et ses abattis (l'oiseau, pas le chat, hein) dans un sac poubelle. Je me suis vue m'encourager bravement les matins de rude journée.
Et puis j'ai songé que mes proches et moi sommes, quelle chance, en bonne santé. Que j'ai un boulot passionnant, épuisant, prenant, que j'adore et que j'exerce dans les meilleures conditions possibles*. Que je ne m'entoure que de gens bienveillants. Que mon compte bancaire me permet, quelle chance, de payer mes factures, et quelle chance, quelle chance !, de m'offrir des loisirs hebdomadaires et des vacances au loin.
Oui, ça va, vraiment.
Ces dernières semaines, il y a eu l'explosion des fleurs dans le jardin, la délicatesse des coquelicots, Le Grand Bancal au théâtre et une soirée dansante - avec une jupe qui tourne, Banksy et du cake au citron.
SM.
* La plupart du temps. Cette semaine, c'est tout pourri, je touche du doigt le pas joli, le trop de travail, le pas assez de temps, le manque de soutien.



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